@jbgravereaux
Chanson et Poésie

Du Frevo à Luc Bérimont et Léo Ferré, à prolonger par mon nouveau blog L'espoir

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2021-06-20 15:34:43

    “The Griffin children” of west Alabama, land use demonstration project near Greensboro, Alabama. Carl Mydans, June 1936

    vintagedenim #vintageworkwear #overalls #denim #chorejacket #strawhat #1930s #kidsstuff #vintagemenswear #vintagestyle #vintagephotograph #ruggedstyle #formfollowsfunction (at Greensboro, Alabama)
    https://www.instagram.com/p/CEztt8hjpQ4/?igshid=s688v1t3tewd

    TA SOURCE, chanson de Léo Ferré

    Jacques Layani, La blessure et la source : ...Ta source est une chanson qui présente immédiatement l’imaginaire ferréen – « Elle naît tout en bas d’un lieu géométrique / À la sentir couler je me crois à la mer / Parmi les poissons fous c’est comme une musique / C’est le printemps et c’est l’automne et c’est l’hiver » – par le choix des mots : géométrique, couler, mer, fous, musique, litanie des saisons… avec reprise de la litanie interrompue au quatrain suivant : « L’été ses fleurs mouillées au rythme de l’extase », qui n’est pas sans rappeler la structure interrompue de la chanson On s’aimera, où l’été, par une brisure de la construction, est traité différemment des autres saisons.                                                                                                                                                                                                                                                                                                     Il y a, dans le courant du texte de Ta source, un changement de direction dans le propos. La chanson commence par la désignation d’une « source », disons : non définie ; au troisième quatrain, le propos s’élargit, s’étend aux « sources » en général, avec, encore, une allusion aux règles. Les quatrième, cinquième et sixième quatrains, eux, constituent une adresse à une femme en particulier. En particulier… bien qu’elle soit inconnue : il s’agit d’une personne faisant partie du public de l’artiste, une femme qui pose un jour, sur le plateau de son électrophone, un disque – le chanteur ne le sait pas – et se retrouve séduite par sa voix. Cette séduction intellectuelle conduit cependant à l’amour charnel clairement décrit, le texte s’achevant sur un hexamètre célébrant les caresses buccales et l’amour de Ferré pour la cyprine. On voit qu’en six quatrains, le poème a dit plusieurs choses, comme souvent chez l’auteur...

    J'ai cru longtemps comme toi qu'il suffisait de toucher
             le bois d'une table pour marcher avec la forêt,

             de caresser le galbe d'une statue pour donner
             un corps tout neuf à l'amour, de croquer

             un fruit vert pour que s'ouvre à nouveau
             le jardin de l'enfance et que la mer appareille

             qui était blanche comme tout ce qui endure
             sans parler le feu des longs désirs.

                                                                     J'ignorais

             que là où l'enfant peut entrer de plain-pied
             un mur se dresse que le temps a bâti

             avec nos cœurs aveugles, avides, nos belles
             promesses, nos serments de papier,

             et c'est celui-là même où nos rêves se brisent
             que tu défais, po
    te, pierre après pierre,

             avec des mots de rien, des mots de peu
             que les pluies ont lavés, les silences taillés

             comme un diamant dans la lumière des jours.

    Guy Goffette